Au fil de l'autre

Carnet de notes de mes explorations:
filage au rouet et tissage au métier Kromski

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9.4 Laines locales et filière courte

Je me suis donné comme contrainte de travail pour les teintures naturelles: 100km. Voir billet

Késsadire?

Je tâche de trouver les sources (fibres, teintures, intervenants) dans un rayon de 100 km autour de ma petite ville (Nivelles), c'est-à-dire la distance que je pourrais facilement parcourir à pied, à cheval ou en vélo.

Laines locales-circuit court: il ne suffit pas que les moutons habitent près de chez moi, j'aimerais que tous les traitements soient faits près de chez moi.

J'ai découvert la laine lors d'un stage chez Ecocentre à Manhay mi-2014: Marie et Chantal nous ont fait découvrir, les mains dans la pâte, le travail depuis la toison jusqu'au crochet, en passant par le tissage. En quatre dimanche, on a appris à filer, à tisser, à teindre, à crocheter. A ce stade, ça va, je crois que j'avais compris la matière.

Il me restait à trouver qui fait quoi où près de chez moi.

J'ai commencé mes entrevues lors du salon bio annuel belge, Valériane, à Namur en septembre 2014. J'y ai rencontré entre autres Frédérique Bagoly de la filature du Hibou, Monique Vierendeels d'Herbalana (filage manuel et teinture végétale de laines locales flamandes) et Charlotte de Myrobolan (teinture végétale de laines presque locales, provenant de France).

Un stand aussi de la Filière Laine belge, animée par Ygaelle Dupriez. J'ai acheté chez Ygaelle des laines des Coccinelles, vente de laines semi-locales.

Je les utiliserai pour l'expo mais elles restent "semi-locales" pour mon projet, dans la mesure où elles sont filées dans le Limousin, notre filature belge étant débordée; et dans la mesure où les laines proviennent de Lahage (BE), Guébling et Malzeville (FR). Les nappes de laine sont lavées à Verviers et cardées à Esch (GDL).

Cela en fait de la route, hein! Certes, bien moins que l'aller-retour Chine habituel. Vers Verviers pour le lavage, vers Esch pour le cardage, vers le Limousin pour le filage, retour BE pour la vente. C'est le mieux qu'on peut faire, en l'état, mais avouez que c'est plus long que chez ma copine Pascaline: 0 kilomètre depuis son mouton ou son lapin jusqu'à mon fil à crocheter!

  • Lahage: près de Virton (BE), 183 km, c'est au-dessus de mon budget kilomètres mais bon allez ça va on reste en Belgique
    et puis l'élevage s'appelle "du Gros Cron" du nom du village, rien que ça mérite qu'on lui achète ses laines
  • Guébling et Malzeville: entre Nancy et Metz, zut, au-dessus de la norme pour mes kilomètres

Je me rends la vie compliquée, je le sais bien, mais sans contrainte, on n'avance pas.

J'ai acheté quelques laines 100%, en pelote, en commerce classique. Je vérifie la source sur l'étiquette. Tu m'étonnes, John, ça reste toujours bien flou: "made in Italy" ou "made in France". Crotte de bique (hihi), ça veut rien dire, mes choupinettes! C'est comme en alimentaire, cela veut dire que le conditionnement final a été réalisé en Italie et en France. La laine pourrait provenir du Pérou, avoir été lavée et cardée en Chine, puis conditionnée en France. Oups, que de kilomètres!

En outre, j'ai une autre contrainte morale, hors expo, que je mentionne au passage et vite fait pour ne pas plomber l 'ambiance: le respect de l'animal. Je préfère me passer de laine que de savoir qu'elle provient d'un lapin martyr en Chine. Or, ce n'est qu'en sources locales que je peux vraiment vérifier l'attitude de l'éleveur.
Bé oui, tout comme en alimentaire: "bio" ne me suffit pas, je veux pouvoir rencontrer l'animal que je vais mastiquer...

Une amie vient de m'informer de l'existence d'une toute petite filature, à 88km de chez moi : la Filature des Saules. Voir aussi leur blog, très informatif sur le traitement de la laine. Une petite visite s'impose: la prochaine fois que je passe par Valenciennes en allant à Paris, je fais un petit détour chez eux.


Ajout décembre 2015. Reçu ce commentaire de la part d'Ygaëlle DUPRIEZ, Coordinatrice de la Filière laine belge - www.laines.be - B-6800 Libramont - 00 32 (0) 61/62 01 51 - après qu'elle a lu ce billet-ci.

" Bonjour Taty,

Tout n'est pas si simple  (dans ta complication :-) )
Une filature de proximité peut filer des laines de toute l'Europe.
Des fils teints aux plantes avec des procédés peu toxiques peuvent avoir été filés moyennement loin et/ou provenir d'élevages non identifiés, y compris de l'autre côté du globe.
Une filature donnée (quelle qu'elle soit) ne peut pas faire tous les types de fils (épaisseurs, compositions, quantités, à destination du tricotage manuel, du tricotage industriel, du tissage, etc.).
La laine en suint peut avoir été payée un prix ridicule/presque correct/correct/équitable aux éleveurs... quel que soit le lieu où elle est lavée et filée.
Le lavage de proximité peut engendrer une plus grande pollution qu'un lavage de plus grande ampleur avec station d'épuration et récupération des boues.
Il reste 4 lavages de laine industriels en Europe occidentale (pour les quantités au-dessus de 400-500kg).
Il me semble qu'on ne peut pas comparer un filage maison "avec Pascaline" avec des activités commerciales qui tentent de trouver des  solutions à la mondialisation de la laine, à la perte de savoir-faire et de maîtrise des processus, et à la délocalisation ou l'extinction de beaucoup  d'entreprises tout en offrant des produits à haute compétence et valeur ajoutée aux consommateurs. 
On pourrait encore discuter longtemps de ce qui est local/éthique en matière de laine ;-)

Je trouve que toutes les initiatives que tu cites apportent chacune quelque chose de différent et de complémentaire à la Filière et aux consommateurs. 
Et, la distance ne me parait qu'un des éléments pour juger de leur pertinence. La diffusion  d'informations sur la laine, le type de relation entre  les personnes impliquées, la teinture végétale non  toxique, la capacité de filer de petits lots tout à fait  traçables, les quantités à valoriser, le fait de donner  accès à de belles matières, le type de produits utilisés  tout au long de la transformation, l'activité  "positive" générée en amont par la transformation en question, l'offre de produits en laine de qualité et traçables à des prix que beaucoup peuvent s'offrir, le  prix d'achat de la laine aux éleveurs, la transparence  dans la communication (...) me semblent aussi des éléments  importants. Et bien sûr, aucune initiative n'est parfaite !

Tu pourrais aussi ajouter à ta liste les fils de la bergerie d'Acremont (filés au Hibou), du Parc naturel des collines + Feutrerie (filage dans la Creuse), de la filature du Maquis (Rochefort), en mohair de Claudine Frisque ou du Pavillon du mohair  (filages en Italie + France en mélange avec d'autres,  dans 2 circuits différents). C'est normalement mis à jour ici

Sinon, je n'ai pas le temps de suivre toutes tes expérimentations, mais je  t'en remercie, c'est bien utile pour tout le  monde.

Bonne journée !
"